Dernièrement, l’écologiste et activiste de la société civile, Ameur Jeridi, a présenté son nouveau livre «L’Environnement comme Politique, et le Développement Durable comme Vision pour la Tunisie, ou EcoCitoyenneté et Développement Responsable». Il nous parle, lors de cette rencontre, de cette parution et des défis écologiques du nouveau gouvernement.

 

Tout d’abord, en tant qu’écologiste, comment expliquez-vous les coupures et les perturbations dans la distribution d’eau potable dans plusieurs régions de la Tunisie ?

Cela est dû, essentiellement, au fait que le pays se trouve aujourd’hui sous le seuil de stress hydrique (pénurie d’eau), mais aussi à la mauvaise gouvernance. En effet, une meilleure gestion de nos ressources hydriques améliorera la situation.

Le World Resources Institute classe la Tunisie parmi les 33 pays les plus susceptibles de connaître une pénurie d’eau dans un rapport publié en 2015, pouvant perdre par conséquent plus de 80% de ses ressources naturelles d’eau d’ici 2040. Pour l’Unesco, c’est à l’horizon 2025 que la Tunisie souffrira de vrais problèmes d’eau.

Actuellement, l’indicateur des ressources hydrauliques est au rouge: 882,6 millions de m3 de réserves au 27 juillet 2016 pour 1 milliard de m3 l’année dernière.

La Tunisie s’évanouit sous nos yeux avec les déperditions de ses écosystèmes naturels et urbains, le tarissement des ses ressources naturelles, les nuisances de toutes sortes, et la politique politicienne qui est sur le point de lui porter le coup de grâce.

Parlez Ecologie Politique et le peuple vous réécoutera chers politiciens, chers communicateurs et éducateurs et chers gouvernants !

 

En parlant de gouvernants, quels sont les défis écologiques du gouvernent Chahed ?

Avant de répondre à votre question, rappelons que l’Environnement est bien plus qu’un secteur. C’est une option de gouvernement et de société, une culture citoyenne, une éducation, une responsabilité sociétale, la panacée aux maux qui rongent notre pays jusqu’aux os !

Les gouvernements antérieurs ont tous pêché par l’absence de vision pour le développement du pays comme pour la réforme de son système éducatif qui dépendent d’une nouvelle conception de la Culture (resté une question d’arts et de patrimoine). Aucun d’eux n’a sérieusement pensé (dans la méthode et la réflexion stratégique) à la question Environnement/durabilité. L’auraient-ils fait, le pays n’aura pas loupé la confection payante de son plan quinquennal de développement 2016-2020 qui se cherche encore. C’est dire que Youssef Chahed parviendra à relever le défi du développement qui a tardé, pour autant qu’il sorte des sentiers battus (chose qu’il a annoncée décider de faire) et qu’il fasse du portefeuille Environnement et / ou Ddéveloppement durable une optique et politique concertée depuis son cabinet-même. Son profil et ses déclarations laissent présager d’un choix dans ce sens. Attendons voir !

 

Vous avez parlé d’écologie politique. Cela veut dire quoi exactement ?

En termes scientifiques, l’écologie politique est le domaine de réflexion et d’action en matière d’environnement (écosystèmes naturels et urbains, ou milieux naturels et établissements urbains en termes moins ‘savants’).

Et si l’économie politique penche sur les politiques et choix économiques, et la sociologie politique sur les mécanismes psychosociaux de la quête et surtout l’exercice du pouvoir politique, l’écologie politique, elle, en est différente et est plus vaste. C’est un domaine d’étude, courant de pensée et mouvement socioculturel qui englobent scientifiques, altermondialistes, écologistes, féministes et acteurs de la société civile poussant vers la ‘politisation’ de la question environnement/ développement durable, appelant à une prise en compte sérieuse des problèmes d’environnement/ développement par toutes les sphères et dans les toutes les politiques publiques.

 

Enfin, que pouvez-vous nous dire sur votre livre ?

En fait, c’est un traité (tunisien dans l’universalité) d’écologie politique, en trois parties : la première expose l’environnement et le développement durable dans leur double contexte mondial et national, la deuxième développe un projet de vision de développement pour le pays, et la troisième démontre les principes (écocitoyenneté et responsabilité sociétale) et les mécanismes (éco-éducation, éco-communication, et éco-gouvernance) à même de traduire les idées, principes et visions en mœurs et pratiques politiques et citoyennes durables.

Le pays a, en effet, besoin d’un document qui reprend, en synthèse, ce dont regorge l’Administration tunisienne et notre société civile -experts avérés avec- de ‘littérature’ et de réalisations. Le but étant de contribuer à éclairer les décideurs et à re-mobiliser les communicateurs autour d’une question ‘pan-thématique’ censée être le substrat éthico-politique des leaders sociopolitiques comme des faiseurs d’opinion.

Vous savez, c’est la non-prise en compte sérieuse de l’optique verte par tous les gouvernements post-14 janvier 2011 qui n’a cessé de m’en signaler l’urgence.

 

Propos recueillis par

Slim MESTIRI

Slim Mestiri est le Rédacteur en Chef du journal électronique tunisien "Gamra". Il a travaillé dans plusieurs médias tunisiens. Il a une Maîtrise en Langue et Littérature Anglaise de la Faculté de Manouba.

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