«La Tunisie produit près d’un milliard 500 millions de litres d’eau conditionnée par an, soit l’équivalent de 130 litres pour chaque citoyen (…). 60% de cette production est consommée en été». Ce sont les principaux chiffres révélés par Rezig Oueslati, le directeur général de l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie, la semaine dernière, lors d’une intervention radiophonique. Des chiffres qui reflètent, certes, un engouement pour les eaux minérales, mais aussi un manque de confiance à l’égard de la qualité de l’eau du robinet …

 

Pour Rezig Oueslati, «si la consommation des eaux minérales augmente d’une année à une autre, c’est parce que les bouteilles sont faciles à transporter et le contenu pratique à consommer.»

 

Boycott croissant de l’eau du robinet ?

Ceci dit, M. Oueslati semble avoir oublié un petit détail : les consommateurs se tournent aussi vers les eaux minérales parce qu’ils n’ont plus confiance en l’eau du robinet, qui serait de moins en moins bonne. On n’a pas, jusqu’ici, d’informations officielles confirment ce constat. Mais, il y a, néanmoins, quelques éléments de réponse…

Rappelons-nous, dans ce cadre, du contenu du 27e rapport annuel de la Cour des comptes, publié en 2011. Celui-ci a révélé que «la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE), la seule et unique société qui fournit l’eau potable aux Tunisiens, n’a respecté que 30% des normes relatives au contrôle des substances toxiques dans l’eau potable, ce qui présente un risque pour la santé des consommateurs».

Mieux encore : «Les analyses effectuées par les laboratoires de la SONEDE sur les produits chimiques susceptibles d’être présents dans l’eau potable, n’ont pas dépassé 60%, ce qui signifie le non-respect des règles internationales en vigueur», peut-on lire, également, dans ce même rapport. Quoi de mieux pour booster l’industrie des eaux minérales !

Cela pourrait expliquer, aussi, pourquoi la Tunisie est, aujourd’hui, classée 12e mondiale, en termes de consommation d’eau conditionnée.

 

Eaux embouteillées : 89% de conformité aux exigences d’hygiène

Dans un autre volet, le directeur général de l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie a indiqué, sur les ondes d’Express FM, que «7% de la production des eaux minérales sont dédiés à l’export, notamment envers la Libye. Mais cela ne se fait que lorsqu’il y a un surplus de production», a-t-il précisé.

Il a rappelé, également, qu’«aujourd’hui, nous avons 24 unités de production d’eaux conditionnées reparties dans les différents régions du pays, et 24 marques d’eaux minérales (…). Il est, d’ailleurs, recommandé de boire plusieurs eaux minérales», a-t-il conseillé.

Pour ce qui est de l’hygiène, l’enquête nationale sur l’évaluation de la qualité des eaux embouteillées en Tunisie (eaux minérales naturelles, eaux de source naturelle et eaux de table), menée par la direction de l’hygiène du ministère de la Santé, et publié récemment dans un quotidien de la place, nous apprend que «le taux global moyen de conformité aux exigences d’hygiène est de 89%». A noter que «l’évaluation de l’état d’hygiène au niveau des unités de production des eaux embouteillées se base sur une grille comportant 216 critères, répartis sur 11 rubriques», a souligné le rapport.

 

L’eau a (aussi) son marché parallèle !

Cela dit, mis à part les eaux minérales embouteillées et l’eau du robinet, les consommateurs tunisiens se voient proposés aussi, dans le marché parallèle, des eaux d’origine inconnue. Un phénomène qui monte en puissance.

Le Président de l’Organisation de Défense du Consommateur (ODC), Slim Sâdallah a tiré la sonnette d’alarme, en mai dernier, à l’occasion de la 8e rencontre des producteurs des eaux minérales, à Gammarth: «La vente des eaux d’origine inconnue constitue un risque pour la santé publique. Les consommateurs, [qui] ont tendance à acheter ces eaux minérales, pas forcément potables, [à cause] de leur coût modique, [sont priés] de consommer l’eau de robinet qui reste, malgré tout, potable et contrôlée», a-t-il conseillé.

Enfin, pour lutter contre les eaux du secteur parallèle, le président de l’ODC a insisté sur «la nécessité de diffuser des spots de sensibilisation sur les risques de ces eaux non contrôlées». A bon entendeur, salut !

 

Slim MESTIRI

 

Slim Mestiri est le Rédacteur en Chef du journal électronique tunisien "Gamra". Il a travaillé dans plusieurs médias tunisiens. Il a une Maîtrise en Langue et Littérature Anglaise de la Faculté de Manouba.

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