Deux jours après la clôture de la 18ème édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC), le grand metteur en scène, Hamadi Mezzi, nous dresse son bilan de ce festival.

 

Comment évaluez-vous la dernière édition des JTC ?

Malheureusement, les JTC ont perdu, et ce, depuis plusieurs années déjà, beaucoup de leurs spécificités d’antan. On n’y voit ni prix, ni hommages, ni expositions, ni workshops, ni documentation, ni rien. Même la qualité des pièces programmées a diminué. Lors de cette édition, par exemple, j’ai assisté quotidiennement à deux ou trois pièces. Mais à chaque fois, j’ai quitté la salle en pleine représentation, tellement les spectacles n’étaient pas à la hauteur. Aucune pièce n’a pu m’éblouir. Certaines pièces, notamment celles des centres culturels, étaient même d’une médiocrité désespérante. Je me demande, d’ailleurs, sur quelles bases s’est-on appuyé pour programmer ces pièces-là ? J’espère, en tout cas, que ce n’est pas sur la base de la courtoisie. Quoi qu’il en soit, les responsables de la programmation doivent rendre des comptes, maintenant que le festival est fini.

Au niveau de l’organisation aussi, les défaillances étaient fréquentes. Mais ce qui m’a le plus fait mal, c’est la manière je-m’en-foutiste avec laquelle certains de nos prestigieux invités ont été traités (absence d’accueil à l’aéroport, absence d’accompagnateur dans les hôtels et vers les salles de théâtre, etc.). Personnellement, j’ai vu le critique littéraire libanais, Paul Chaoul, et le romancier palestinien, Walid Abou Bakr, dans des situations dont je m’abstiens de parler, mais qui n’honorent pas la Tunisie. Ces gens-là, et autres, nous accueillent comme il se doit lorsqu’on se déplace chez eux pour assister à leurs festivals. C’est honteux qu’on ne leur rende pas ce même accueil chaleureux.

 

Etes-vous en train de faire porter la responsabilité de ces défaillances à Lassâad Jamoussi, directeur des JTC ?

Lassâad Jamoussi est un ami et un frère, et je le respecte beaucoup. Il a des contraintes financières et une pénurie d’espaces théâtrales. Je le comprends. D’ailleurs, je pense qu’il est temps qu’on revoit le budget des JTC à la hausse.

Mais ce que je demande, c’est plutôt de faire revivre les spécificités du festival, telle la compétition. En effet, le retour de la compétition est indispensable pour relever le niveau des JTC. Car l’artiste aime les applaudissements, certes, mais il aime aussi les prix, surtout lorsqu’ils sont attrayants (prix de la meilleure œuvre, de la meilleure mise en scène, du meilleur texte, du meilleur acteur, de la meilleure actrice, du meilleur second rôle, etc.). Cela ne peut que le booster et l’inciter à donner le meilleur de lui-même, ce qui mènera inévitablement à un festival de meilleure qualité.

Je profite aussi de cette occasion pour dire que je suis pour le retour d’un JTC biennal, comme c’était le cas avant. Je suis contre la fréquence annuelle de ces JTC, car une telle fréquence exclue les nouvelles pièces de qualité. Comme vous le savez, la préparation d’une pièce de qualité nécessite beaucoup de temps, souvent un an et plus (entre la naissance de l’idée, l’écriture, les répétitions et l’acquisition de subvention). De ce fait, une nouvelle pièce bien préparée n’aura pas le temps de présenter son dossier dans les délais, si les JTC demeurent annuelles.

 

Certains artistes estiment que Lassâad Jamoussi ne mérite pas d’être à la tête des JTC, vu qu’il n’est pas monté sur les planches depuis des décennies et que même son statut de professeur de théâtre ne lui confère pas la légitimité de diriger ce festival. Etes-vous d’accord avec cette approche ?

Pas du tout. Je ne vois pas où est le problème qu’un professeur-chercheur en théâtre dirige le festival. Le directeur des JTC ne doit pas forcément être un comédien ou un metteur en scène. Il peut bel et bien être un universitaire. De plus, Lassâad Jamoussi n’est pas étranger au domaine. Personnellement, la première fois où je l’ai vu sur scène c’était en 1969, lors du Festival International de Hammamet. Actuellement, il est encore en tournée avec une nouvelle pièce, «Ce que le Dictateur n’a pas dit».

Propos recueillis par

Slim MESTIRI

 

Slim Mestiri est le Rédacteur en Chef du journal électronique tunisien "Gamra". Il a travaillé dans plusieurs médias tunisiens. Il a une Maîtrise en Langue et Littérature Anglaise de la Faculté de Manouba.

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