Le Parc des expositions du Kram accueille depuis vendredi dernier le 33e salon de la création artisanale sous le signe de «l’encouragement des régions intérieures». Organisé par l’Office national de l’artisanat (ONA), ce salon enregistre la participation de quelque 800 exposants de diverses activités (décoration d’intérieur, art de la table, tapis et tissage, accessoires de mode, meubles traditionnels revisités, senteurs, etc.)… avec une présence timide des jeunes artisans.

 

Malika Ouergui, directrice des affaires de la famille au sein du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, commente la participation du ministère au salon. «Nous avons loué ce stand pour permettre à 10 femmes artisanes de participer gratuitement à ce salon. Ces femmes de différentes spécialités (production du miel, de bois, de céramique, etc.) n’ont pas forcément les moyens matériaux de participer à ce genre de foires. C’est pour cela que notre ministère, en collaboration avec l’Office national de l’artisanat et le ministère du commerce, a décidé de leur réserver cet espace pour qu’elles puissent exposer leurs produits. C’est à elles, maintenant, d’apprendre à voler de leurs propres ailes.»

 

«Manque de main-d’œuvre»

De son côté, Om Heni Laâjili, encroutée de ses dizaines de pots et de tirelires joliment colorées, bien finis et méticuleusement rangés sur les étagères et sur le sol de son petit stand, nous parle des problèmes du secteur : «Je travaille dans la poterie depuis 1979, et je peux vous affirmer du haut de mon expérience que ce domaine rapporte beaucoup d’argent, et ce, contrairement à ce que certains croient… La demande est toujours là… Mais malheureusement, les jeunes boudent ce genre de jobs. Ils veulent, pour la majorité d’entre eux, travailler dans le secteur public pour se la couler douce. Ils ne savent pas que dans notre domaine, ils peuvent gagner de 1600 dinars jusqu’à 7000 dinars par mois. Eh oui, 7000 dinars ! Est-ce que vous connaissez, vous, un jeune diplômé qui touche ce salaire dans la fonction publique ?»

Mme Laajili, dont sa société «Poterie Artistique» est implantée à Nabeul, reproche également à l’Etat le manque d’intérêt qu’il accorde à la formation professionnelle, notamment la formation dans l’artisanat, et ce, depuis l’Independence. «Cela doit changer. Il faut initier, dès maintenant, les nouvelles générations au fait-main. Pourquoi ne pas consacrer, par exemple, une heure par jour à la création artisanale aux élèves des écoles ? Cela ne peut que valoriser le travail artisanal à leurs yeux et les encourager, une fois grands, à se diriger vers ce domaine».

Contrairement à sa collègue, Dalila Laâbidi, fabricante de marionnettes et l’une des exposantes au salon, assure que ses recettes ont chuté de la moitié après la Révolution. «Il n’y a plus de travail comme avant. Heureusement, que dans les foires à l’étranger, on trouve un peu notre compte, sinon…». Mme Laâbidi nous informe également, dans ce cadre, que la fabrication d’une marionnette nécessite l’intervention de cinq artisans de spécialités différentes.

 

«La formation professionnelle, le maillon faible»

Pour sa part, Salah Amamou, président de la fédération nationale de l’artisanat au sein de l’UTICA parle de ses attentes du Salon : «Ce Salon est une occasion pour les artisans de promouvoir leurs produits et de faire connaître leurs innovations. C’est une grande opportunité, car les espaces dédiés à la commercialisation des produits artisanaux sont devenus de plus en plus rares. Ce Salon est aussi une occasion pour les jeunes entrepreneurs de se faire connaître… A ce propos, je ne nie pas le fait qu’il y a une certaine réticence de la part de nos jeunes vis-à-vis de ce secteur, mais la présence de jeunes dans ce Salon ne peut qu’entretenir notre optimisme.»

Amamou loue, dans ce cadre, le conseil ministériel qui a approuvé la création d’une société spécialisée dans la promotion du produit artisanal et la fourniture de matières premières, et ce, dans le cadre d’un partenariat public-privé. «Maintenant, ce qui nous manque c’est la mise en place d’un système de formation plus efficace. En effet, la formation dans ce secteur doit revenir à l’Office national de l’artisanat, et non plus au ministère de l’Emploi. Car l’artisanat a des spécificités que le ministère de l’Emploi ne prend pas forcément en compte. Aujourd’hui, notre secteur est menacé d’extinction. Toutes ses veines ont été affectées (formation, commercialisation, matière première, etc.). Il faut tout reconstruire à la base».

 

«Un export en deçà des attentes»

Pour ce qui est de l’exportation artisanale, Salah Amamou insiste que ce celle-ci est quasi-absente. «Il n’y a pas de stratégie de la part de l’Etat dans ce secteur-là. Certes, l’UTICA, tout comme l’Office national de l’artisanat font participer les artisans aux différentes expositions à l’étranger. Mais cela reste insuffisant. Ce qu’il faut, aujourd’hui, c’est travailler sur l’exportation directe. L’exportation directe nationale est presque vierge en Europe. Pourtant, on sait que notre produit est vendable. On n’a pas de concurrence, car chaque pays a ses propres produits artisanaux. Même au niveau des régions, chacune d’entre elles a ses spécificités, pour vous dire que le potentiel est bel et bien là. Il faut juste y croire…»

Rappelons enfin que le salon de la création artisanale se tient jusqu’au 1er mai. Donc, amis lecteurs, si vous avez du temps (et un peu d’argent), allez-y. Vous ne le regretterez pas. C’est promis !

 

Slim MESTIRI

Slim Mestiri est le Rédacteur en Chef du journal électronique tunisien "Gamra". Il a travaillé dans plusieurs médias tunisiens. Il a une Maîtrise en Langue et Littérature Anglaise de la Faculté de Manouba.

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