Selon Ridha Jendoubi, un expert en fabrication de luths, l'avenir de cet instrument serait en danger.

 

Ceci est connu. Le luth (ou le «oud») est l’un des instruments les plus emblématiques de la musique arabe. Sa sonorité et son esthétique ont fait de lui, pendant des siècles, le roi des instruments orientaux. Mais au fait, face à l’évolution des autres instruments musicaux, le luth garde-t-il toujours son statut attrayant d’antan ? Ridha Jendoubi, luthier de longue date, nous donne un élément de réponse.

 

Du haut de ses 35 ans d’expérience, Jendoubi tranche : «Le luth est un instrument immortel et intemporel. Il a toujours une place élevée aux yeux de ses amateurs, ceux qui l’apprécient à sa juste valeur. Le luth reste, qu’on le veuille ou non, l’un des symboles de la musique  arabe et l’un des instruments qui reflètent le mieux l’authenticité de notre musique tunisienne et orientale.»

Pour ce qui est de l’engouement des jeunes pour d’autres instruments, notamment électriques et électroniques, notre luthier commente : «En effet, certains jeunes ont tendance à s’orienter plutôt vers les instruments qui mettent le feu (comme on dit), telle la guitare électrique. Cela a forcément des effets négatifs sur la vente du luth. Mais en gros, le luth garde toujours sa clientèle plutôt fidèle.»

Ridha Jendoubi n’a pas manqué, au passage, d’évoquer les problèmes qu’il encoure dans le processus de fabrication de l’oud : «Malheureusement, le type de bois qu’on utilise pour les ouds professionnels est quasi inexistant. Les luths de très haute qualité sont très rares, car ils nécessitent un bois spécial qui est très rare chez nous. En effet, pour fabriquer ce genre de luths haut de gamme (ultraraffinées), nous sommes contraints d’importer un bois spécial de l’étranger, ce qui nous coûte beaucoup d’argent. Et cela a, évidemment, une influence directe sur le prix final du produit.»

Il ajoute : «Aujourd’hui, en Tunisie, on n’a que le bois blanc et l’acajou. Avec ce type de bois, on peut fabriquer de bons luths professionnels, mais pas des luths irréprochables. Le bois est important, car plus le type de bois utilisé est bon, plus la sonorité de l’instrument est pure et claire».

Mais de par la matière première, qui est d’une importance fondamentale dans la fabrication du luth, Ridha Jendoubi nous cite un autre facteur non moins décisif : «Le savoir-faire ! En effet, il y a un bon nombre de luthiers en Tunisie, seulement la plupart d’entre eux manquent d’innovation et de créativité. Fabriquer un luth ne doit pas être fait d’une façon automatique, du copier-coller, sous prétexte qu’il y a de la demande. Il faut donner un peu de soi-même, une touche personnelle, dans la fabrication de chaque instrument, de chaque pièce. Le client doit trouver chez le luthier des détails supplémentaires, au niveau de la sonorité et de la finition, qu’il ne trouve pas ailleurs. C’est ce qui fait la différence entre les professionnels du même métier.»

En ce qui concerne les prix, Ridha Jendoubi nous indique une fourchette entre «450 et 3000 dinars !»

Pour conclure, il évoque la question de l’import des luths turcs en Tunisie : «Ceci est l’un des problèmes que nous rencontrons. Bien que l’importation des luths soit interdite par la loi, notre marché demeure inondé par les ouds turcs, qui sont d’ailleurs d’une qualité moyenne. Très moyenne».

 

Slim MESTIRI

 

Slim Mestiri est le Rédacteur en Chef du journal électronique tunisien "Gamra". Il a travaillé dans plusieurs médias tunisiens. Il a une Maîtrise en Langue et Littérature Anglaise de la Faculté de Manouba.

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